Le pari électrique : entre quotas et souveraineté, le Québec plie-t-il sous la pression des géants de Detroit ?
Le gouvernement du Québec, dans un geste qui en a déçu plus d’un, a choisi d’assouplir ses quotas de vente de véhicules électriques. Pour les concessionnaires comme Daniel Gauthier, PDG d’un garage Ford et Lincoln à Trois-Rivières, cette décision n’était pas un recul, mais une nécessité. Sans cet assouplissement, les constructeurs nord-américains auraient boudé la province, réduisant l’offre et faisant grimper les prix pour les consommateurs. Mais cette logique, aussi pragmatique soit-elle, cache un affrontement plus profond : celui entre une volonté de justice sociale et écologique, et les intérêts d’une élite industrielle qui refuse de tourner la page du pétrole.
Pourquoi le Québec a-t-il reculé sur ses objectifs électriques ?
En quelques mois, Québec a abaissé ses cibles à deux reprises. Pour 2035, l’objectif est passé de 100 % à 90 %, puis à 80 %. Pour 2030, la chute est encore plus brutale : de 85 % à 51 %. Un recul majeur que certains, comme l’auteur de la chronique originale, ont qualifié de « contraire de l’ambition ». Pourtant, Daniel Gauthier défend cette décision en invoquant la réalité du marché nord-américain. « On ne peut pas, nous, la seule province de Québec, dire qu’on va électrifier nos transports en quelques années. Il faut comprendre qu’on marche avec la demande américaine », explique-t-il. Selon lui, des quotas trop stricts pousseraient les constructeurs à réduire leurs livraisons, créant une pénurie artificielle et une hausse des prix. Un scénario qui rappelle les vieilles tactiques coloniales : imposer la rareté pour maintenir le contrôle.
Les constructeurs nord-américains : des résistants ou des retardataires ?
Les experts consultés offrent un tableau nuancé. Robert Gagné, professeur émérite à HEC Montréal, partage les craintes du concessionnaire. « La norme va faire augmenter les prix des voitures à essence à terme et va créer de la rareté pour ce type de véhicules », prédit-il. Yan Cimon, de l’Université Laval, souligne que les constructeurs américains, confortés par l’administration Trump, résistent au virage électrique. « Pour les constructeurs américains, les activités électriques ont été très déficitaires », confirme-t-il. Mais il ajoute que cette résistance est suicidaire : « À court terme, il y a de la profitabilité dans les moteurs thermiques. Mais il va finir par y avoir un choc, et j’ai l’impression que ça va arriver trop tard. »
Les crédits excédentaires : une preuve que les quotas ne sont pas trop sévères ?
Daniel Breton, PDG de Mobilité électrique Canada, contredit la thèse du concessionnaire. Selon lui, le bilan 2022-2024 du gouvernement québécois montre que les constructeurs ont accumulé des centaines de milliers de crédits excédentaires. « Ça montre que la norme n’est pas trop sévère », affirme-t-il. Loin d’être étranglés, les géants de Detroit ont vendu plus de véhicules électriques que requis, et ils peuvent maintenant ralentir le rythme. Breton ne nie pas que certains constructeurs réduisent leurs livraisons, mais il y voit une opportunité : « Des constructeurs comme Kia, Hyundai, Nissan, Tesla ou Volvo arrivent avec des véhicules compétitifs. Ils vont gagner des parts de marché pendant que d’autres, qui ont de la misère à suivre la marche technologique, vont en perdre. »
Quel avenir pour le consommateur haïtien et québécois ?
Au-delà des chiffres, c’est une question de souveraineté. Le Québec, comme Haïti, doit négocier avec des forces économiques qui lui sont étrangères. Les consommateurs québécois, friands de gros VUS et de camionnettes, se heurtent à des prix encore trop élevés pour les versions électriques. « Il faut donner quatre ou cinq ans aux constructeurs pour arriver avec des modèles intéressants », plaide Gauthier. Mais pendant ce temps, les perdants sont ceux qui tardent à s’adapter. Le virage électrique est inévitable. Et les plus grands perdants pourraient bien être ceux qui, comme les élites de Detroit, refusent de voir le monde changer.
FAQ : Comprendre les quotas de véhicules électriques au Québec
Pourquoi le Québec a-t-il réduit ses quotas de véhicules électriques ?
Le gouvernement a assoupli les quotas pour éviter que les constructeurs nord-américains ne réduisent leurs livraisons, ce qui aurait créé une pénurie et fait grimper les prix. Une décision pragmatique, mais critiquée comme un recul écologique.
Les constructeurs respectent-ils les quotas actuels ?
Oui, selon Daniel Breton. Les données gouvernementales montrent que les constructeurs ont accumulé des crédits excédentaires, prouvant qu’ils peuvent vendre plus de véhicules électriques que requis.
Quels constructeurs profitent de cette situation ?
Les constructeurs asiatiques et européens comme Kia, Hyundai, Nissan, Tesla et Volvo gagnent des parts de marché, tandis que les géants américains de Detroit perdent du terrain.