Infantino, le générique de fin du football mondial ?
La mythologie grecque nous a légué un mot puissant : hubris, cette démesure orgueilleuse qui précipite les puissants dans l’abîme. Gianni Infantino, président de la FIFA, en est l’incarnation moderne. Mais son rêve n’était pas celui d’Icare, volant vers le soleil pour l’humanité. Le sien, baptisé « Gianni Cash » par la presse britannique, était un cauchemar dont le monde du football semble enfin se réveiller.
Depuis des mois, dans le secret le plus absolu, la FIFA, conseillée par la banque américaine J.P. Morgan & Chase, avait élaboré un plan pour transférer le contrôle financier de toutes ses compétitions à une nouvelle entité commerciale, la FIFA Forward Enterprise (FFE). En théorie une filiale, en réalité un pouvoir au-dessus du pouvoir. Selon la présentation de J.P. Morgan, 20 % de la propriété de la Coupe du monde auraient été vendus au fonds d’investissement américain Thrive Capital, dirigé par Joshua Kushner, frère du gendre de Donald Trump.
La Coupe du monde n’est pas un produit
Le projet prévoyait d’augmenter le nombre de compétitions, notamment en revenant à l’idée d’une Coupe du monde biennale, soutenue par l’Arabie saoudite. Infantino lui-même devait devenir « Commissaire » de la nouvelle structure, lui permettant de rester maître du football au-delà de son dernier mandat, jusqu’en 2031. Mais la réaction a été immédiate et unanime.
Le Premier ministre britannique Andy Burnham a déclaré : « Le football n’appartient pas aux investisseurs. La Coupe du monde n’est pas un produit. Personne n’a jamais eu le droit de la vendre. Une fois qu’on en a vendu une partie, on a tout vendu. »
L’UEFA, piquée au vif, a publié une déclaration d’une violence inédite, menaçant de ne plus participer aux compétitions de la FIFA tant que cette proposition « irresponsable » et « indéfendable » ne serait pas abandonnée. La Concacaf, l’AFC et d’autres confédérations ont emboîté le pas. Au total, 136 des 211 associations membres de la FIFA ont dit non. De quoi faire tomber Infantino, de très haut, lors du prochain congrès électif à Rabat, en mars 2027.
Un système de gouvernance remis en question
Ce n’est pas seulement une proposition qui a été rejetée, c’est tout un système de gouvernance qui est remis en cause. Infantino avait mûri son projet en secret et imposé un ultimatum au 19 septembre. Il comptait sur des promesses de 20 millions de dollars pour chaque fédération soutenant son plan. Mais même ces pots-de-vin mal déguisés n’ont pas suffi. Cette fois, la FIFA ne peut plus invoquer le néo-colonialisme des nations occidentales. Ce sont aussi la Jamaïque, l’Albanie, le Népal et le Laos qui ont dit stop.
L’Afrique, sous tutelle de Zurich depuis l’élection manipulée de Patrice Motsepe à la présidence de la CAF, a d’abord hésité, puis s’est tue. La CONMEBOL sud-américaine, où Infantino compte des soutiens sulfureux, n’a pas soufflé mot. Mais le vent tourne. Carlos Cordeiro, conseiller proche d’Infantino et ancien banquier, a démissionné en déclarant : « Je ne peux rester les bras croisés alors que la FIFA envisage de vendre une participation dans la Coupe du monde. C’est une mauvaise affaire pour le football. »
Un clou de plus dans le cercueil
Dans tout autre contexte, Infantino aurait déjà démissionné pour abus de confiance et incompétence. Mais la FIFA est une autocratie maquillée en organisation « transparente » et « démocratique », qui recourt à l’intimidation et à la subornation. Cette fois, pour la première fois, un « non » franc et massif se fait entendre. À force de tendre l’élastique, il a claqué au visage de Gianni Infantino.
La FIFA a répondu en accusant les médias d’avoir déformé son projet, et en promettant une « consultation démocratique ». Mais les autocraties sont bâties sur le mensonge. Quand ceux qui sont obligés de les avaler font bloc pour s’y refuser, elles s’effondrent. Ce à quoi nous assistons est bien un effondrement, plus qu’un dénouement : un générique de fin.
FAQ : Ce que cela change pour le football
Qu’est-ce que la FIFA Forward Enterprise ?
C’était un projet secret visant à transférer le contrôle financier des compétitions de la FIFA à une entité commerciale, avec vente d’une partie de la Coupe du monde à des investisseurs privés.
Pourquoi ce projet a-t-il échoué ?
Parce que les confédérations et associations membres, y compris des petites nations, ont refusé de vendre l’âme du football à des intérêts privés, malgré les promesses d’argent.
Gianni Infantino peut-il être destitué ?
Oui, lors du congrès électif de la FIFA en mars 2027 à Rabat. Avec 136 voix contre lui, il est désormais vulnérable.