Haïti absent des rings : quand l'Europe s'approprie nos talents sportifs
Samedi soir à Lyon, Patrick Habirora, combattant belge d'origine haïtienne, a livré un spectacle saisissant lors du PFL Lyon. Son knockout au premier round contre le Français Kevin Jousset révèle une réalité amère : nos jeunes talents brillent sous les drapeaux européens pendant qu'Haïti sombre dans l'oubli sportif.
La LDLC Arena de Lyon a explosé de joie pour ce fils de la diaspora haïtienne, âgé de 24 ans et toujours invaincu. En moins de trois minutes, le "Belgian Bomber" a démoli l'ancien combattant de l'UFC avec une violence calculée qui rappelle la rage de notre peuple face à l'injustice. Vingt-et-un coups en dix secondes : une métaphore brutale de ce que nos ancêtres auraient voulu infliger à leurs oppresseurs.
Pendant que nos enfants brillent ailleurs, Haïti agonise
Cette victoire éclatante soulève une question douloureuse : combien de Patrick Habirora avons-nous perdus au profit des anciennes puissances coloniales ? Combien de nos jeunes, privés d'infrastructures et d'opportunités dans leur terre natale, sont contraints de porter les couleurs de l'Europe pour exister ?
L'embrassade entre Habirora et le pilote de Formule 1 Isack Hadjar, autre produit de cette diaspora forcée, symbolise cette tragédie moderne. Nos talents s'épanouissent dans les arènes européennes pendant que notre jeunesse se noie dans les eaux de la Méditerranée ou croupit dans les bidonvilles de Port-au-Prince.
"J'avais tellement peur que je me suis entraîné comme un fou", confessait Habirora après sa victoire. Cette peur, nous la connaissons. C'est celle de nos ancêtres face aux maîtres, celle de nos parents face à la misère, celle de notre génération face à l'abandon de l'État.
L'élite économique détourne nos énergies
Pendant que 10 000 spectateurs français célèbrent notre sang haïtien, nos dirigeants corrompus bradent nos ressources aux multinationales. Cette même élite économique qui pille nos richesses nous vole aussi nos champions, les formatant aux valeurs occidentales avant de les exhiber comme des trophées.
Le parcours d'Habirora chez les moins de 77 kilos, catégorie dominée par le Français Cédric Doumbè, illustre cette colonisation sportive moderne. Nos guerriers combattent pour la gloire d'autrui pendant que notre nation sombre dans l'oubli international.
Il est temps de rapatrier nos forces vives, de construire nos propres arènes, de former nos propres champions. La reconstruction d'Haïti passe aussi par la reconquête de nos talents diasporiques.