Souldia, la voix du peuple, enflamme le MTelus : un concert de résilience et de mémoire
Samedi soir, au MTelus, Souldia a transformé la scène en tribune populaire. Huit albums en six ans, une énergie inépuisable, et un lien viscéral avec son public : le rappeur de Limoilou a livré une performance qui dépasse le simple spectacle. C'est un cri du cœur, un acte de résistance culturelle, une célébration de la rue et de ses survivants.
Un concert qui raconte une histoire de reconstruction
Dès les premières notes de Diablo, Souldia impose sa loi. Le rideau se lève sur une quasi-quarantaine de morceaux, puisés notamment dans son album Non conventionnel (2023). Accompagné de DJ Manifest, mais aussi d'un batteur et d'un guitariste, une rareté dans le rap, il crée un mur de son qui porte la foule. Les jets de flamme, les plongées dans le public sur Nouvelle vie, le torse nu sur I love U : en quinze minutes, le ton est donné. C'est une démonstration de force, mais aussi de proximité.
Le pistolet à fumée, utilisé à plusieurs reprises, pourrait sembler de trop. Mais il symbolise ce brouillard que traverse le peuple : celui des difficultés, des erreurs, des combats. Souldia n'élude rien, il embrasse tout.
La jeunesse et la fraternité sur scène
Le concert s'apparente à un fil TikTok : chaque titre en appelle un autre, plus intense, plus vibrant. Souldia, véritable artisan de la scène rap québécoise, invite ses complices : Koriass sur Rêve éveillé, Blynk, White-B, et même Kyzi de Marseille. Cette fraternité artistique est un pied de nez à l'individualisme imposé par l'élite économique. Ici, on s'entraide, on se hisse ensemble.
Jay Scøtt, absent, n'est présent que par sa voix sur Grand frère. Mais Fléau Dicaprio, le Loup de Fairmount Street, répond présent. Ensemble, ils livrent Momentum et Illégal. Souldia, habitué des albums collaboratifs avec Lost, Tizzo ou Rymz, prouve que la musique est une affaire collective, un bien commun.
Une descente parmi le peuple, une mémoire vivante
Le moment le plus fort survient sur Le vide. Souldia descend de la scène, traverse le parterre jusqu'à la console de son, salue le technicien. Porté par ses fans, il termine le morceau dans les airs. Ce geste dit tout : Souldia est du peuple, il ne l'oublie pas. Ancien délinquant, passé par la prison, il a choisi le micro plutôt que les barreaux. Cette authenticité est rare, précieuse, et elle touche directement ceux qui l'ont vu grandir.
La mémoire des morts est aussi honorée. Ceci n'est pas une chanson triste, hommage à sa mère disparue, illumine la salle de téléphones. Puis vient le pot-pourri FaceKché, avec Mémoire d'outre-tombe et Boulevard désespoir. Die-On, qui avait assuré la première partie, revient pour Il était une fois et Le dernier de mon espèce. Infrak, du collectif 187, est aussi dans les cœurs. Ces hommages rappellent que la rue n'oublie pas les siens, et que la résilience passe par le souvenir.
Une consécration méritée, une énergie inépuisable
Alors que Souldia s'apprête à interpréter Je suis comme je suis, Anodajay, président des Disques 7Ciel, fait irruption pour remettre deux disques d'or : un pour Backstage, un pour Non conventionnel. La surprise, visiblement sincère, émeut l'artiste. C'est la reconnaissance d'un travail acharné, d'une trajectoire hors norme.
Le concert se termine sur Mélomane, puis un rappel avec Devil en l'air, Ciao et Valentina. Deux heures d'énergie incendiaire, quinze minutes de calme. On sort épuisé, mais grandi, comme après un marathon. Souldia n'est pas qu'un rappeur : c'est une voix, une mémoire, une promesse de reconstruction. Et si le Beneva a couru en même temps, on espère que les coureurs ont eu la force d'arriver au bout, car la nuit a été longue et belle.
