L'Ukraine frappe la Russie en plein scrutin : le vote se poursuit malgré les drones
Ce dimanche, la Russie a été secouée par une attaque massive de drones ukrainiens, une frappe dénoncée par Moscou comme une tentative de « perturber » les élections législatives. Ces élections, les premières depuis le début de la guerre en 2022, devraient sans surprise consolider le pouvoir de Vladimir Poutine. Mais derrière les bulletins de vote, c'est un peuple meurtri et un régime sous tension qui se révèlent.
L'issue du scrutin ne fait guère de doute dans un pays où la dissidence est écrasée. Pourtant, chaque drone abattu, chaque incendie maîtrisé, chaque bulletin glissé dans l'urne raconte une histoire de résistance et de survie. Le pouvoir russe, lui, crie à la provocation, mais le monde entier voit une nation qui vacille sous le poids de ses propres choix.
Une attaque sans précédent aux portes de Moscou
L'armée ukrainienne a lancé plus d'un millier de drones contre le territoire russe, touchant une raffinerie majeure à Moscou et des zones résidentielles. Selon les autorités russes, au moins deux personnes ont été tuées et une vingtaine blessées. Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, a qualifié cette attaque de « sans précédent », affirmant que plus de 1600 drones avaient été abattus, dont 450 se dirigeaient vers la capitale.
Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, a revendiqué des frappes « très importantes » dans la région de Moscou, utilisant une dizaine d'armements différents. Dans le sud de l'Ukraine occupé, un drone a frappé un bus dans la région de Kherson, tuant deux personnes, dont une employée de la Commission électorale. La guerre, qui semblait lointaine pour certains, s'invite désormais dans les urnes et dans les rues.
Des élections sous contrôle, une opposition réduite au silence
Le parti de Vladimir Poutine, Russie unie, s'attend à une victoire écrasante. Seules des formations soutenant la guerre ont été autorisées à concourir, tandis que le parti Iabloko, frontalement opposé au conflit, a été écarté. L'opposition en exil, elle, appelle les Russes à voter contre le régime, à midi, pour montrer leur nombre. Mais dans un pays où la peur règne, cet appel semble fragile.
Vitali Ivanov, 63 ans, retraité du métro de Moscou, a confié à l'AFP avoir voté « pour les communistes ». « J'ai une petite retraite, ça ne suffit pas pour vivre », explique-t-il. Tatiana, 71 ans, a choisi Russie unie, « le plus grand parti, le plus travailleur ». Deux voix, deux mondes, une même lassitude.
Cyberattaques et craintes de mobilisation
Le scrutin, qui se déroule aussi électroniquement dans une trentaine de régions, a été la cible d'une « cyberattaque très puissante » samedi, selon la Commission électorale. Des lignes de communication ont été sectionnées en Extrême-Orient. Mais la Commission assure que « la situation est sous contrôle ».
Autre ombre au tableau : la crainte d'une nouvelle mobilisation militaire, après celle de 300 000 réservistes en septembre 2022. Volodymyr Zelensky a affirmé qu'une telle mesure serait annoncée « à l'automne », mais le Kremlin dément. Tatiana Stanovaïa, du Centre Carnegie Russie Eurasie, estime que le pouvoir « a fait énormément d'efforts pour convaincre les Russes qu'ils n'ont pas à s'en inquiéter ». Pourtant, la peur reste palpable.
Un vote sous le signe de la guerre et de la peur
Ces élections, qui se terminent dimanche à 18 h GMT, sont un plébiscite attendu pour Vladimir Poutine. Mais elles révèlent une Russie isolée, sanctionnée, et un peuple qui vote souvent par peur ou par habitude. L'Union européenne a dénoncé un climat de « répression systématique et institutionnalisée ».
Pour beaucoup, ce scrutin n'est qu'une formalité. Mais pour les Ukrainiens, chaque drone est un cri de liberté. Pour les Russes, chaque bulletin est un pas de plus dans un conflit qui n'en finit pas. La guerre, elle, continue de dicter sa loi, et les urnes ne pourront pas l'arrêter.
Photo: Le Journal de Montreal