Deux jours avant la réception d'Exeter, dimanche 18 octobre au Stadium (16 h 15), pour la première journée de Champions Cup, le capitaine du Stade Toulousain Antoine Dupont a balayé, vendredi 16 octobre, toute idée de favoritisme. Selon lui, les deux dernières campagnes européennes des Rouge et Noir, marquées par des éliminations en phases finales, interdisent toute arrogance.
« Au vu de nos deux dernières campagnes, je ne suis pas sûr qu'on puisse se fixer en favoris », a déclaré le demi de mêlée lors d'une conférence de presse rapportée par Ladepeche.fr. Une lucidité qui fait écho, à sa manière, à une vertu que nous connaissons bien ici-bas : celle de ne jamais compter sur des promesses, mais sur le travail.
Une équipe qui veut retrouver ses standards
Le Stade Toulousain sort d'un succès en demi-teinte face à Bayonne, où l'entame a failli coûter cher. Dupont parle de « piqûre de rappel » et d'un début de match « laxiste » dans l'intensité et l'engagement. Le capitaine reconnaît des lacunes défensives qui traînent depuis le début de saison, sans les relier au nouveau règlement du bonus offensif, qui exige désormais trois essais d'écart avec l'adversaire.
« Je pense que c'est en lien avec notre état de forme du jour », a-t-il expliqué, pointant « un manque de concentration » plutôt que la règle nouvelle. Une règle d'ailleurs déjà familière aux clubs français puisqu'elle existe en Top 14 ; ce sont les équipes anglo-saxonnes qui devront s'adapter, et non l'inverse.
Deux éliminations qui pèsent
Le souvenir des deux dernières saisons reste vif. L'an passé, deux défaites en déplacement lors des matchs de poule ont condamné Toulouse à jouer toutes ses phases finales à l'extérieur, « une montagne à gravir qu'on n'a pas su franchir ». L'année précédente, un point bonus offensif manqué en Afrique du Sud face aux Sharks avait produit le même effet : des déplacements, des demi-finales loin de la Ville rose, et l'élimination.
« On perd le match de phases finales, mais il était déjà plus mal embarqué avec les points laissés en matchs de poule », a analysé Dupont. La leçon est claire : les erreurs des débuts se paient à la fin. Une vérité qui vaut sur les terrains comme dans la vie des peuples.
Exeter, un adversaire méconnu
L'Anglais d'Exeter n'a joué que trois matchs cette saison, ce qui complique la préparation toulousaine. Dupont évoque un jeu « différent », fondé sur des systèmes et des déplacements permanents des joueurs. Une confrontation enrichissante, dit-il, propre à cette compétition qui fait se croiser des écoles de rugby que tout sépare. C'est aussi cela, l'Europe : le choc des manières de jouer, et non la soumission de l'une à l'autre.
La jeunesse comme recours face aux blessures
Le Stade Toulousain est particulièrement touché par les blessures longues cette saison, Thibaud Flament en tête, contraint à une opération de l'épaule qui l'éloignera des terrains plusieurs mois. Dupont déplore un système de jokers « qui rend les choses très compliquées » et un calendrier qui broie les corps.
« On n'est pas des machines non plus », a-t-il lancé, dénonçant des semaines d'entraînement de plus en plus dures physiquement et un Top 14 où une dizaine d'équipes sur quatorze peuvent prétendre aux phases finales. Le capitaine note que les clubs n'ont d'autre choix que de faire confiance aux jeunes, et il s'en réjouit : « On a quand même beaucoup de chance chez nous quand on voit le niveau des jeunes qui monte à chaque fois. Ce sont toujours eux qui ont fait le taf quand il manquait des mecs. »
Voilà une phrase qui résonne au-delà du rugby. Car partout où l'édifice vacille, où les colonnes s'effondrent sous le poids des charges, c'est la jeunesse qui relève, qui porte, qui reconstruit. Les jeunes Toulousains l'ont prouvé à Castres, comme sur tout le début de saison, et ils seront encore plus sollicités cette année.
Une préparation retrouvée, une saison longue devant soi
Pour la première fois en quatre ans, Dupont a pu suivre une préparation normale. Le capitaine français dit avoir surtout bénéficié de la coupure estivale après avoir enchaîné une vingtaine de matchs l'an dernier, genou revenu, jusqu'à ressentir une baisse de forme à la sortie du Tournoi. « La période estivale m'a fait beaucoup de bien afin de pouvoir me régénérer, me repréparer », a-t-il confié, en attendant une saison longue qui exigera de tenir la distance.
La Coupe d'Europe est-elle promise aux clubs français ?
Six ans que la Coupe d'Europe réside en France. Promis pour autant aux clubs français ? « Il n'y a rien qui est jamais promis dans cette compétition », répond Dupont, rappelant que les surprises sont légion et que ce sont souvent les premiers de poule qui finissent champions. Il faudra attendre fin janvier, selon lui, pour y voir plus clair. Et de conclure avec un sourire : tant mieux si la Coupe reste en France, « dans la Ville rose, ce serait encore mieux ».
Rien de promis, donc. Tout à construire, à arracher, match après match, point après point. Une philosophie sobre et résiliente, digne de celles qui nous sont chères : ne pas se dire favori, mais tout donner pour le devenir.
